Une passion en ennéagramme désigne une compulsion émotionnelle qui pousse chaque type à adopter des comportements précis pour répondre à une peur ou éviter une souffrance perçue. On y entend souvent l’élan du langage courant. Pourtant, cette notion prolonge les huit passions décrites par Évagre le Pontique, matrice des péchés capitaux.
Je suis Nico Pène, spécialiste de l’Ennéagramme et auteur du Petit Livre de l’Ennéagramme. Voilà plus de dix ans que j’accompagne des personnes en individuel, une à une, pour les aider à reconnaître leur type et à s’en servir comme d’un vrai levier de connaissance de soi et de transformation.
Qu’est-ce qu’une passion en ennéagramme ?
Une passion en ennéagramme est une compulsion émotionnelle inconsciente. Elle se déclenche face à une peur ou à une souffrance que la personne cherche à éviter, puis oriente ses choix sans qu’elle s’en rende compte. Chaque type de l’ennéagramme possède sa passion propre, qui colore sa manière de réagir au monde.
Alors, commençons par ce qui cloche dans le mot lui-même : aujourd’hui, avoir une « passion » pour la cuisine ou le piano, c’est plutôt flatteur (on l’écrit même dans les CV). Dans l’Ennéagramme, le terme garde un sens bien moins glorieux. Il désigne une force émotionnelle qui nous meut sans nous demander notre avis.
Que se passe-t-il, concrètement, quand une passion s’active ?
Quelque chose, à l’intérieur, perçoit une menace : une souffrance qui approche, ou une peur qui se réveille. La passion surgit comme un réflexe et pousse vers le comportement censé nous protéger. Le souci, c’est qu’elle fonctionne si bien qu’elle finit par tourner seule.
Attention cependant : inconsciente, la passion reste tout de même perceptible par ses effets. Tu en sens souvent les traces, la fatigue d’avoir trop couru ou le regret du lendemain. Ce qui échappe, c’est le fil qui relie ces effets à leur source. Et ce fil, justement, on cherche à le retrouver quand on veut identifier son type ennéagramme avec justesse.
D’où viennent les passions de l’ennéagramme ?
Les passions de l’ennéagramme trouvent leur origine chez Évagre le Pontique, moine du IVe siècle, qui identifia huit grandes passions humaines. Cette liste a ensuite inspiré les sept péchés capitaux du christianisme. L’ennéagramme reprend cet héritage et l’adapte à sa propre structure en neuf types.
Revenons au IVe siècle. Évagre le Pontique, moine, identifia huit passions qui travaillent l’être humain : la gourmandise, l’avarice, la luxure, la tristesse, la colère, l’acédie (qu’on rend souvent par « paresse », faute de mieux), la vanité et l’orgueil.
Huit, donc.
Certes, cette liste inspirera plus tard la version chrétienne des péchés capitaux. Cependant, pour qui s’intéresse à la figure de l’ennéagramme et à ses neuf points, le compte ne tombe pas juste (les mathématiques restent têtues).
Ce vocabulaire moral a d’ailleurs laissé des traces. Beaucoup abordent encore leur passion comme un « péché » à confesser, avec la culpabilité qui l’accompagne… Nous verrons un peu plus bas pourquoi cette lecture égare.
Pourquoi la peur est devenue la neuvième passion
La peur a été ajoutée aux huit passions d’Évagre pour que le modèle corresponde aux neuf types de l’ennéagramme. Elle représente la passion du type 6. Ce remaniement aboutit à une structure où chaque type dispose d’une compulsion émotionnelle distincte, et où la peur devient un moteur à part entière.
Du coup, le type 6 hérite d’une passion absente de la liste monastique. Chez lui, la peur tourne en continu, à la manière d’un moteur qui ne se coupe jamais : elle le pousse à anticiper les dangers et à chercher la sécurité. J’y reviens en détail dans le portrait du type 6 et de sa quête de sécurité.
On pourrait résumer ainsi :
Le type 6 a peur de tout.
Hum… formulée comme ça, la phrase est fausse, et franchement un peu vexante. Reformulons : le type 6 vit avec une vigilance que rien n’apaise durablement, parce qu’une passion réclame toujours un nouvel objet sur lequel se poser.
La gourmandise du type 7 et l’avarice du type 5 : deux passions en action
La gourmandise du type 7, aussi appelée intempérance, sert à fuir la souffrance en multipliant les plaisirs et les expériences. L’avarice du type 5 dépasse le registre matériel et touche aussi les émotions : elle protège le type 5 d’un monde qu’il perçoit comme intrusif. Ces deux passions restent des réponses inconscientes.
Prenons d’abord le type 7. Une souffrance pointe à l’horizon, et hop (réflexe parfaitement rodé), un nouveau projet ou une sortie tombe pile au bon moment. Le type 7 se noie dans le plaisir, et le verbe mérite qu’on s’y arrête : on se noie aussi dans ce qui est délicieux !
Mais l’avarice du type 5 est probablement la passion la plus mal comprise de la liste. On imagine quelqu’un qui compte ses pièces. Parfois, pourquoi pas ! Pourtant, l’avarice dont parle l’Ennéagramme concerne aussi les émotions : le type 5 garde pour lui ce qu’il ressent et ce qu’il pourrait donner de lui-même, comme on stocke des réserves avant un long hiver. Le monde lui semble intrusif (trop gourmand de lui ?), alors il économise.
Dans les deux cas, la mécanique se ressemble :
Une réponse automatique aux défis du monde, qui oriente les choix en silence. Seule la direction change. L’un se répand vers l’extérieur, l’autre se replie sur ses réserves.
Comment transformer sa passion en vertu ?
Transformer sa passion en ennéagramme consiste à la transcender en cultivant la vertu opposée, sans chercher à supprimer le trait. L’orgueil du type 2 appelle l’humilité, la vanité du type 3 appelle l’authenticité. La peur du type 6 s’ouvre sur le courage, l’intempérance du type 7 sur la tempérance.
Regardons ce mouvement de près, car il est plus subtil qu’il n’y paraît : cultiver l’opposé d’une passion revient rarement à lui déclarer la guerre. Un type 2 qui traque son orgueil avec acharnement risque surtout de finir… très fier de son humilité (le piège est savoureux, avoue-le).
| Type | Passion | Vertu à cultiver |
|---|---|---|
| Type 2 | Orgueil | Humilité |
| Type 3 | Vanité | Authenticité |
| Type 6 | Peur | Courage |
| Type 7 | Intempérance | Tempérance |
Bon, je te vois venir : il suffirait de viser la bonne case dans la colonne de droite. Hélas ! Ce tableau a l’air bien plus simple que le travail qu’il résume, et ce travail reste exigeant.
Pourquoi est-ce si exigeant ?
Parce qu’une passion que l’on ne voit pas ne se transforme pas. Robert Kegan a nommé ce mouvement la dialectique sujet-objet : tant que nous sommes « sujets » d’une passion, elle regarde le monde à notre place ; le jour où elle devient « objet », nous pouvons enfin la regarder et la nommer. Tout le travail commence à ce déplacement du regard.
C’est ainsi que l’alchimie intérieure, dans sa lecture jungienne, parle de transmutation : le plomb reste la matière de départ, et c’est lui qui, patiemment travaillé, devient or. La passion occupe exactement cette place. Elle se chauffe et se décante longuement, jusqu’à ce que la vertu en sorte.
Une passion est-elle un défaut à corriger ?
Une passion en ennéagramme fonctionne comme un indicateur des luttes intérieures d’une personne. La repérer permet d’amorcer un cheminement vers une manière d’être plus consciente et plus harmonieuse. Les passions de l’ennéagramme signalent l’endroit où la personnalité se crispe face à la souffrance, c’est-à-dire l’endroit où le travail sur soi peut commencer.
Et le vieux vocabulaire des « péchés » joue ici des tours. Dès qu’on se met à juger sa passion, on cesse de l’observer. Un type 3 qui se reproche sa vanité reste accroché à la manière dont il se juge, ce qui ressemble furieusement à… de la vanité. Si tu veux creuser ce profil, j’ai détaillé la quête de valeur propre au type 3.
Au fond, la passion relève d’une stratégie de protection devenue automatique, et nullement d’une faute que l’on dissimulerait.
Je nuance tout de même mon propre propos, qui pourrait sonner un peu trop doux : qualifier une passion d’indicateur précieux ne la rend pas anodine pour autant. Elle coûte, à la personne comme à son entourage. La regarder en face demande du courage, et le reflet n’a rien de flatteur. Trouver ton type ne va pas forcément te plaire, et c’est plutôt bon signe.
Entre une passion qui décide de tout et une passion que l’on voit arriver de loin, il existe d’ailleurs toute une gradation. C’est la dimension qu’explorent les niveaux de développement de Riso et Hudson, si tu souhaites prolonger dans cette direction.
Questions fréquentes
Quelle est la passion du type 7 en ennéagramme ?
La passion du type 7 en ennéagramme est la gourmandise, aussi appelée intempérance. Cette compulsion émotionnelle pousse le type 7 à fuir la souffrance en se noyant dans le plaisir et dans les expériences nouvelles. La vertu que le type 7 peut cultiver face à l’intempérance est la tempérance.
Quelle différence entre les passions de l’ennéagramme et les péchés capitaux ?
Les passions de l’ennéagramme et les péchés capitaux partagent une même source : les huit passions décrites par Évagre le Pontique au IVe siècle. Le christianisme s’en est inspiré pour formuler les sept péchés capitaux. L’ennéagramme conserve cet héritage et ajoute la peur, passion du type 6, afin d’obtenir neuf passions pour neuf types.
Qu’est-ce que l’avarice du type 5 en ennéagramme ?
L’avarice du type 5 en ennéagramme est une compulsion émotionnelle qui dépasse largement l’argent. Elle concerne aussi les émotions, que le type 5 retient pour se protéger. Le type 5 perçoit le monde comme intrusif, et l’avarice lui sert de rempart contre cette intrusion en limitant ce qu’il donne et ce qu’il laisse entrer.
Faut-il supprimer sa passion en ennéagramme ?
Le travail proposé par l’ennéagramme consiste à transcender sa passion en développant la vertu inverse, par exemple l’humilité pour l’orgueil du type 2 ou le courage pour la peur du type 6. Le trait reste présent, mais il cesse de gouverner. Ce travail exigeant libère progressivement des schémas automatiques.
Maintenant, à toi : quelle passion tient le volant dans tes comportements ces temps-ci ? Prends le temps d’y répondre honnêtement, sans te juger.
Se tromper de type, c’est se mettre à travailler une passion qui n’est pas la sienne, et passer à côté de celle qui agit vraiment. C’est pour cela que j’ai conçu la MasterClass Trouve ton type : on y parcourt les 9 types un par un, avec ce qui permet de reconnaître le tien, loin des tests express qui se trompent si souvent.
À très vite,
Nico Pène